Destination finale

Publié le par Nico2Z

La vie d’un cool au Nigéria continue.

Après vous avoir raconté comment je passai de John Wayn à un merdeux à poil plein de peinture, puis mon birthday de mes 7 ans qui se finit en fusillade(voir dans catégorie Life in Naija), j’aimerai vous raconter un épisode assez bourrin, celui de mon départ du Nigéria, alors là, retour vers le futur, toujours au Nigéria, mais 12 ans plus tard…ça fait comme dans les films, une fondue, et on passe du petit garçon au cool rebelle, écoutant du métal avec un tee shirt Kurt Cobain en mâchant du chewing gum ! Pour l’info, le Nigeria est un pays que j’ai toujours connu sous régime militaire.( tellement enfoncé dans la corruption, la drogue et le mauvais gouvernement, qu’on ne peut plus inverser le cours des choses..). En général, quand il y a une élection, le président élu « démocratiquement » décède brusquement dans la semaine d’un arrêt cardiaque.. Et logiquement, un nouveau président « militaire » est mis à sa place…

 Donc d’un point de vue « j’ai le droit d’ouvrir ma gueule au Nigéria », le niveau est plutôt bas…Un après-midi de juin, des étudiants nigérians fatigués de leur système universitaire décident de montrer leur mécontentement. Alors qu’en France on écoute avec légèreté les manifestations de gamins défilant avec banderoles et  slogans, à Lagos, ville de 16 millions d’habitants, on se croirait à Bagdad. Les banderoles sont remplacées par des treillis, et les haut-parleurs par des flingues ! On ne brûle pas des voitures dans des cités, on brûle des mecs devant leur famille !

 

             

 La journée s’annonce donc assez motivante. C’est typiquement le genre d’après midi où tu vas pas faire la rando roller, mais où tu restes accroché au téléphone avec tes potes en leur demandant si chez eux les fenêtres ont déjà pétées.. Pour nous,(mes parents et ma sœur), le programme se limitait à une chose, charger la voiture, rouler 40kms jusqu’à l’aéroport, et choper l’avion destination Paris. Quelle bonne idée ! On pouvait pas rêver meilleur départ du pays. Avant de partir, mon père reçoit des coups de fils du bureau lui déconseillant fortement de bouger du domicile, surtout accompagné de sa famille.. Mais bon…On choisit donc de bouger (enfin mon pouvoir décisionnel fût assez limité…en gros ça a donné « Papa, t’es sûr que ça craint pas ? », réponse du daron, « j’en sais rien.. », réponse de moi : « ok, j’peux avoir un flingue ? »). Finalement, on a jugé plus sûr que je joue avec ma game boy , et que j’arrête de saouler tout le monde… Nous voilà partis. Quelques morceaux de buissons accrochés au rétros histoire de montrer que l’on est pacifiste, qu’on cherche pas la merde, mais juste à se barrer de ce pays de ouf., une escorte de deux voitures de l’ambassade américaine ( comme dans 24h, des hummers noirs, avec vitres tintées et plein de Jack Bauer dedans ), et un camion de la police nigérianne avec une dizaine de flics nous servent d’escorte. Au milieu de ça, Nico2z and family regardant le tout d’un air assez inquiet. Au bout de cinq minutes, je suis étonné par le vide qui s’est installé dans la ville, un mélange de malaise, d’insécurité, de danger, rappelant des scènes de Full Metal Jacket ou de la série Sliders. Le chemin pour arriver à l’aéroport présente une difficulté principale, franchir un pont de deux, trois kilomètres.

 

En arrivant sur le Eko Bridge, on se retrouve dans une situation assez complexe, des pics sur la route pour crever les pneus nous empêchent d’aller plus loin. Le camion de flics devant nous a eu le temps de passer, et n’a pas l’air de moult se soucier de la vingtaine de mecs vénèrs  qui s’approchent de la voiture ! On ouvre les fenêtres, et on balance des liasses de nairas (monnaie locale), par les fenêtres. Les mecs se jettent sur les billets, nous permettant de faire une marche arrière et de contourner les obstacles. On retrouve les flics. A ce moment, je commence vraiment à bad tripper ! On se retrouve sur une route de campagne avec deux falaises de chaque cotés. Sur les flancs, des étudiants à couvert et armés tirant sur le camion de flics devant nous.  Les mopols (flics nigérians) répondent en balançant des grenades lacrymogènes. Manque de pot, quand on s’appelle Nico2z, qu’on a la tête en l’air, et qu’on se croit en ballade, on laisse la fenêtre ouverte, et oui…Donc logique, les gaz arrivent dans titine… Et quand on commencent à engueuler Nico2z parce qu’il a laissé sa fenêtre ouverte, et bien, il la referme…laissant les gaz à l’intérieur de titine...Ok, je suis un boulet ! Après un moment de léger piqotement nasal et deux claques histoire de me remettre à fond dans l’atmosphère de douleur qui régnait déjà,  je me calme. Il y a trop de choses à penser dans ces moments là, et en fait on ne pense à rien. On subit. La route est longue et les coups de feu n’ont pas l’air de vouloir se calmer. Mes battements de cœur s’accélèrent quand j’aperçois devant nous un petit pont au dessus de nous sur lequel des mecs s’amusent à balancer des parpaings sur les caisses. Pour la première fois de ma vie, je me suis dis « Nico, cette fois tu es vraiment mort ! » Je n’ai rien dit, j’ai baissé la tête, pris la main de maman, et j’ai commencé à pleurer, en récitant le « Je vous salue Marie » que mamie me faisait répéter étant petit.

                 

 Mes parents s’énervent dans le vide, regrettant dans un premier temps d’avoir pris la voiture, ensuite d’avoir pris ce chemin, enfin d’avoir suivi les flics qui faisaient de notre voiture soit disant pacifiste une véritable cible de choix pour les émeutiers..(Quatre blancs dans une voiture de société française, ça sent le fric..). On arrive à l’aéroport. Je croyais le cauchemar fini…mais non…coup de telephone du boss de mon père. Résumé de la conversation « Ne bougez surtout pas de chez vous, deux anglais viennent de se faire tuer sur le pont menant à l’Aéroport ». Réponse de papa, « on est à l’Aéroport…». Douze années à fréquenter les aéroports nigérians m’ont fait comprendre trois choses, ne jamais laisser un bagage sans surveillance, ne jamais donner un passeport à un douanier sans y glisser une liasse de billets auparavant, et ne pas manger les beignets à l’huile du salon VIP. Toujours est il qu’à l’Aéroport Murtala Mohamed, ce n’est pas Roissy, il n’y a pas les jeunes femmes blondes et souriantes avec les cheveux en arrière et le chignon, qui font monter la valise sur la balance, et qui vous demandent gentillement « fumeur ou non fumeur ? ». Là bas, c’est plus du style, Mouss Diouf en militaire, en train de se curer les pieds sur son bureau en te disant, «  Money or no Money ? ».

Si tu réponds « money », tu passes au stage 2, si tu réponds « no money », tu fais une formation interminable sur la pédicure nigérianne. Ce comique de situation n’ enlevait cependant rien au stress qu’était le notre à ce moment. Arrivée en sale d’embarquement, un appel nous fait comprendre que tous les vols devant atterrir au Nigeria, sont détournés sur des pays voisins pour raison d’insécurité. Wouhou ! Encore une bonne nouvelle…Tout cela ne laisse rien présager de bon quant au chemin du retour en pleine nuit… Pendant près de deux heures, expectative totale, hésitation entre repartir et risquer de se retrouver dans les guet-apens de l’après midi, mais cette fois sans les flics ni les Jack Bauer. Enfin, l’évolution de la situation suivie au téléphone par mon père nous laissait comprendre que se rediriger vers le pont n’était vraisemblablement pas une très bonne idée. Soudain, on entend des bruits de couloir comme quoi notre avion était autorisé à ce poser. Tout s’enchaîne, on cavale vers les portes d’embarquement. Quand elles s’ouvrent, une dizaine de monstres de la sécu font barrage filtrant les passagers non pas aux passeports mais à la couleur de peau. En dix minutes, les blancs sont dans l’avion, les autres en train de se faire fouiller, interroger, durant une bonne heure. Finalement, on décolle. Le vol se déroulera ,pour moi en tout cas, sous le signe du doute et de l’interrogation. Je n’ai plus remis les pieds là bas depuis. Mes parents y sont repartis avec ma sœur deux mois après. Leur retour se fera dans des conditions encore pires que celles-ci… A suivre

 

 

 

 

 

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Publié dans La vie d'un cool

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Commenter cet article
M
et bien ta saga africaine a toi n'a rien a voir avec le "j'avais une ferme en afrique" de la barone karen  Von Blixen merci de tes nombreux com sur mon blog c'est sympa ça fait tjrs plaisir reviendrais lire ta suite... bisous
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N
Merci à toi!! Gros bisous
N
On peut voir ça de cette façon, c'est vrai que ma vie d'aujourd'hui à mater Arabesque, est beaucoup plus calme!!
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M
Oula c panique à bord. Et ben quelle vie trépidante, vivment les prochains épisodes.<br />  <br /> Bisous
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